Djamel Tatah et la mélancolie contemporaine au Musée Fabre

Thibault Loucheux-Legendre
Thibault Loucheux-Legendre  - Rédacteur en chef / Critique d'art
4 mn de lecture

Le Musée Fabre fait le choix d’accueillir une monographie de l’artiste (nouvellement montpelliérain) Djamel Tatah. Ce dernier nous invite d’emblée à découvrir l’exposition dans son entièreté avant de l’aborder par la parole en suivant le parcours thématique (Aux origines de la peinture, En suspens, Le théâtre du silence, Répétitions, et Présences). Nous déambulons alors devant ces grandes toiles colorées dans lesquels surgissent des personnages pâles vêtus de tenues sombres. L’accrochage réalisé à la perfection nous fait pénétrer avec une certaine violence dans l’univers de l’artiste grâce à un commissariat assuré par Michel Hilaire (directeur du Musée Fabre) et Maud Marron-Wojewodzki (conservatrice responsable des collections modernes et contemporaines du Musée Fabre).

Pour réaliser ses oeuvres, Djamel Tatah se base sur deux piliers : un univers multi-référencé et une pratique toute personnelle : « La pratique de la peinture est une chose et la pratique de la référence c’est la même chose. Vous ne peignez jamais seul, vous apprenez toujours des autres. Quand vous aimez l’art et que vous voulez faire de l’art, la moindre des choses c’est de regarder les autres… et quand on regarde les autres on pratique la référence. Elle rentre naturellement, c’est pas une stratégie, c’est une pratique. Ce sont des découvertes qui tracent des chemins. Basquiat a eu une grande importance pour moi lorsque j’étais étudiant. Il y en a d’autres comme le cinéaste Antonioni, les photographes August Sanders et Walker Evans, mais aussi la sculpture africaine, l’enluminure japonaise… Tout est actif quand on travaille. » Côté pratique, Djamel Tatah prépare sa toile afin qu’elle puisse recevoir une peinture. Ensuite, il organise un dessin à partir d’une banque d’images qu’il collecte depuis des années sur son ordinateur. Ainsi, il cherche dans ces images celles qui correspondent à l’idée qu’il envie de peindre sur le moment et réalise une dizaine ou une quinzaine de dessins à l’ordinateur avec une palette graphique. Ensuite, il projète le dessin sur la toile qui est prête à recevoir la peinture. La couleur du fond arrive à la fin et dépend de l’ambiance qu’il souhaite créer.

Photo : Thibault Loucheux / Snobinart

A l’image d’un Michel Houellebecq en littérature, la grande force de Djamel Tatah réside dans le fait qu’il parvient à saisir une certaine mélancolie contemporaine. Mais contrairement à l’auteur qui utilise les mots, les peintures de Tatah peuvent s’abstenir de paroles… d’où le titre de théâtre du silence… Ces personnages à taille humaine sont soit isolés soit noyés dans la masse, dévoilant ainsi une extrême solitude. Leurs visages et leurs vêtements sont quasi-identiques. Ils sont comme des clones perdus et accablés par un quotidien ponctué par les crises et la monotonie. Ces toiles dévoilent au spectateur de nouvelles pistes d’analyse d’une époque basée sur un désenchantement par l’individualisme et la solitude.

Djamel Tatah, le théâtre du silence regroupe une quarantaine d’œuvres de l’artiste qui dévoile à chacun une part de son humanité. Cette exposition est à découvrir jusqu’au 16 avril 2023.

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Par Thibault Loucheux-Legendre Rédacteur en chef / Critique d'art
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Après avoir étudié l'histoire et le cinéma, Thibault Loucheux-Legendre a travaillé au sein de différentes rédactions avant de lancer Snobinart et de se spécialiser dans la critique d'art contemporain. Il est également l'auteur de plusieurs romans. 06 71 06 16 43 / thibault.loucheux@snobinart.fr
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