Les chimères de l’étrange à la Galerie Friche nous la paix

Le street artiste Granvillais Benjamin Lamotte, alias Chabert 4, sera présenté à la galerie Friche et nous la paix – dans l’emblématique rue Dénoyez, un véritable spot prisé des street artistes où les fresques défilent de jour en jour – du 6 au 12 avril.

Pauline Bailly
Pauline Bailly  - Critique d'art
3 mn de lecture

Son style est facilement reconnaissable avec des créatures colorées, des hommes disloqués à la gueule de gnomes, un trait franc et une explosion de couleurs. Cet univers plastique, Chabert 4 le développe depuis plusieurs années, nourri par la figuration libre, on pense à Robert Combas, mais aussi par l’énergie pionnière de Keith Haring. Il revendique également l’influence d’artistes singuliers comme Marcel Hasquin, Danielle Jacqui ou encore Francis Bacon, dont les figures tourmentées trouvent un écho dans ses propres personnages.

Né en 1984 et formé aux Beaux-Arts de Caen, Benjamin Lamotte s’est rapidement détaché d’un enseignement qu’il jugeait trop conceptuel pour affirmer une pratique plus intuitive. Chez lui, la peinture se vit comme un geste libre, presque vital. Cette liberté, il la retrouve dans l’art brut, une fascination qu’il expérimente notamment lors d’ateliers menés auprès de publics non initiés ou en situation de handicap.

« Voir les personnes pratiquer librement me nourrit », confie-t-il. Le geste devient alors symbole, exutoire, espace d’émancipation.

L’humain est son motif central. Ses toiles, souvent très chargées, mettent en scène un personnage principal cerné de symboles et de petites figures. Nature, mort, consommation, transport, sexualité ou jeu : autant d’éléments qui composent le tumulte de notre monde intérieur. Les petits personnages évoquent la société, les relations à autrui, mais aussi la mémoire des ancêtres. Nous sommes en échange constant avec les autres et avec nous-mêmes.

Ses figures semblent parfois coincées dans le support, contorsionnées, cherchant à s’extraire d’un cadre trop étroit. Cette tension traduit une quête de liberté, une recherche de place dans un monde saturé d’informations et d’individualités qui s’entrechoquent. La peinture devient alors un moyen d’exorciser ce trop-plein.

Humaniste, l’œuvre de Chabert 4 célèbre aussi la différence. Par des êtres mi-hommes mi- animaux, il explore l’animalité comme métaphore de l’altérité. L’étrange y devient normalité, la singularité richesse. Le thème du masque, récurrent, renvoie quant à lui aux rites de passage et aux identités multiples : il cache autant qu’il révèle. Chez Chabert 4, peindre revient finalement à dévoiler les tensions de l’être, pour mieux affirmer la liberté d’exister.

Il sera exposé du 6 au 12 avril en compagnie de l’artiste Basile Crespin.

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Par Pauline Bailly Critique d'art
pauline.bailly@snobinart.fr
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