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Entretien avec Aurel : « un dessin qui aurait le temps d’exister »

Le dessinateur et réalisateur Aurel (Photo : Peter Avondo / Snobinart)
Après le succès de son film Josep, le dessinateur et réalisateur montpelliérain Aurel expose les planches de sa dernière bande dessinée Singes, quel genre d'animaux sommes-nous ? (Editions Futuropolis) à la Galerie de l'Ancien Courrier.

Vous sortez une nouvelle Bande dessinée qui s’intitule Singes, quel genre d’animaux sommes-nous ? (Editions Futuropolis), pouvez-vous nous en parler ?

C’est une bande dessinée documentaire qui s’intéresse aux singes. L’axe qui m’intéressait était la relation qu’entretient l’humain avec les autres singes et tout ce qu’on pouvait tisser entre ces cousins plus ou moins éloignés et nous. Notre relation à eux, ce qu’ils ont à apprendre sur nous et ce que nous avons à apprendre d’eux. Mais surtout, ce qui m’a intéressé c’est la façon dont on les observe et ce que ça dit de nous, une façon de l’être humain de se sentir unique et extérieur.

Le singe et l’homme sont très proches. Est-ce que le dessin permet de se rendre compte de ces similarités ?

Ce n’est pas vraiment que le singe et l’homme sont proches, c’est plutôt l’homme qui est un grand singe. Quand on le dessine il y a cet anthropomorphisme, mais le terme en lui-même est déjà anthropocentré puisqu’on dit qu’il a une forme d’homme. En tout cas, il a cette similarité, ces similitudes avec un gorille ou avec le chimpanzé encore plus. Bien évidemment on voit des ressemblances dans le dessin. De toute façon rien que l’observation mène à cette évidence qu’il y a beaucoup de similarités dans le comportement, dans les mimiques, dans la communication… Mais il y a aussi beaucoup de différences. Ce n’est pas parce qu’on sait bien dessiner les humains qu’on va parvenir à saisir la posture ou le mouvement d’une espèce de singe quelle qu’elle soit. Eux-mêmes entre eux n’ont pas la même manière de se mouvoir.

Aurel (Photo : Peter Avondo / Snobinart)

Vous avez fait le choix de réaliser quatre couvertures différentes pour ce livre. En avez-vous une préférée ? 

Non je me refuse à dire que j’ai une préférée (rire). Dès le début je savais ce que je voulais comme couverture : un grand singe et des humains en petit. Le grand singe devait être en majesté, en personnage principal et les humains ramenés à leur nudité, à leur naturalité pour inverser les rôles. Quand il a fallu la réaliser, je me suis demandé quel singe prendre. Un chimpanzé ? Un gorille ? Un orang-outan ? Finalement j’ai eu l’idée de ne pas choisir et j’ai proposé à mon éditeur d’en faire trois pour les trois espèces de grands singes (en dehors de l’homme), mais pour des questions d’impression il fallait en faire quatre différentes et non pas trois. J’ai donc triché un peu en ajoutant le Bonobo qui est une sous-espèce de chimpanzé. Mais je n’ai pas de préférence (rire).

Vous exposez des planches originales à la galerie de l’Ancien Courrier, est-ce que c’est une façon différente de présenter votre travail qui vous plaît ?

C’est une première pour moi ! J’aime bien la nouveauté, et c’est vrai que c’est un vieux rêve… Je suis très friand d’art. J’aime aller dans les musées, dans les galeries… Pour moi le dessin c’est mon métier, mais c’est quelque chose d’éphémère car je travaille pour de la presse. L’original dans ce cas n’a pas de valeur, il n’en a qu’une lorsqu’il est publié. Il n’a pas de pérennité non plus car une fois qu’il est publié, il est remplacé très vite par le nouveau dessin. Il y a un côté très consommable. Mais j’ai toujours été attiré par l’idée d’un dessin qui aurait le temps d’exister et de profiter du temps. C’est un peu le cas quand on fait des livres, mais le défit d’exposer dans une galerie, de les faire exister les dessins tels qu’ils sont travaillés. J’aime bien quand il reste les essais de couleur sur les bords pour montrer l’autre côté de la barrière du livre. C’est quelque chose qui m’intéresse particulièrement.

Vous avez connu un succès considérable au cinéma avec votre premier long-métrage Josep, quand vous repensez à cette aventure, qu’est-ce que vous éprouvez ? 

Beaucoup de bonheur et de joie. C’était une expérience, j’avais juste fait un court-métrage, je n’avais jamais réalisé de long-métrage avant. C’était une expérience qui était d’une richesse artistique folle puisque j’ai eu la chance d’avoir un producteur qui me laissait une liberté entière, donc j’ai pu tester tout ce que j’avais toujours voulu tester tant que ça rentrait dans le budget, que c’était faisable et que c’était argumenté. Cela m’a permis de répondre à une vieille frustration pour un fan de musique : mes dessins n’étaient pas sonores. Et là le cinéma l’a permis. C’est donc une grande joie d’avoir fait ce film dans un premier temps. Mais qu’il ait en plus reçu un succès de salle notable, beaucoup de succès critique et beaucoup de prix… On n’aurait jamais imaginé et espéré ça. Donc c’est une super aventure.

Les originaux d’autel exposés à la Galerie de l’Ancien Courrier (Photo : Peter Avondo / Snobinart)

Cela vous donne envie de continuer le cinéma ? Quels sont vos projets ?

J’ai toujours des projets dans la BD. Mon métier de dessinateur je l’exerce essentiellement dans la presse, et c’est ça qui me fait vivre. J’ai toujours des projets d’édition en parallèle, le dernier en date étant Singes. Pour le cinéma j’ai d’autres envies. J’ai lancé un nouveau projet avec le même scénariste, le même producteur, mais plutôt sur de la prise de vues réelles que sur de l’animation, toujours dans cette idée de découvrir de nouvelles choses. 

Propos recueillis par Thibault Loucheux

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