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Daniel Mesguich à Pézenas : “J’ai besoin de faire du théâtre”

Daniel Mesguich Festival Molière Pézenas Interview © Peter Avondo - Snobinart
Daniel Mesguich Festival Molière Pézenas Interview © Peter Avondo - Snobinart
Entretien avec le metteur en scène Daniel Mesguich, à l'occasion du Festival Molière, Le théâtre dans tous ses éclats, à Pézenas.

Parrain du Festival Molière 2021, le metteur en scène Daniel Mesguich était hier à Pézenas dans l’Hérault. Avant de jouer Le Souper au Théâtre de Verdure, il a suivi la tradition de la ville en laissant ses empreintes, qui rejoindront celles d’autres artistes, déjà scellées le long du cours Jean Jaurès, “sur les pas de Molière”. Nous l’avons rencontré à cette occasion, un entretien à retrouver en intégralité prochainement.


Daniel Mesguich, bienvenue à Pézenas, “sur les pas de Molière”. Cette expression, que vous évoque-t-elle ?

J’adore cela. Dans une petite ville comme Pézenas, qui est réputée pour être le lieu de naissance de Molière… et de Boby Lapointe, je trouve formidable que le maire, l’adjoint au maire, quelques notables et des spectateurs viennent pour entendre faire l’éloge de quelques personnes qui ont fait du théâtre, qui sont des gens de théâtre, pas toujours forcément connus par les médias. Je trouve que c’est formidable en soi. Cette chose-là m’émeut. Il y a tellement de gens qui s’en foutent, que du coup c’est merveilleux (rires) ! Après, ce n’est jamais qu’un clin d’œil. Parce que c’est symbolique, certes, mais c’est symbolique en plaisantant. Il y a quelque chose de l’ordre, non pas de la parodie, parce que ce serait péjoratif, mais de l’amusement à refaire ce que Hollywood a fait. Mais, sous le presque gag, il y a un sérieux. Et ce sérieux, je le trouve émouvant. Et beau. Et poétique. Je suis très heureux d’être là pour cela.

Vous êtes le parrain de cette édition du Festival Molière. Ça veut dire quoi, en 2021, être parrain d’un festival de théâtre ?

Très franchement, je n’en sais strictement rien (rires) ! Je crois que, d’une certaine manière, c’est être caution, ou en tout cas témoin de la sympathie… J’ai témoigné de la sympathie que nous avons pour une démarche. C’est avant tout cela, et c’est comme cela que je l’entends. Chaque année, il s’agit de demander à quelqu’un qui a fait des choses, qui est un peu reconnu dans un certain milieu, de dire qu’il a de la sympathie pour l’expérience et pour le voyage, pour la tentative. J’ai dit oui volontiers. Il y a des gens qui font du théâtre, et c’est comme un besoin, presque une addiction. C’est une envie… pas forcément ce qu’on croit toujours, de se montrer par narcissisme, ce n’est pas cela. Mais il y a un besoin, moi j’ai besoin de faire du théâtre. Un besoin de prendre les textes, de les déplacer, d’entendre plus loin que ce qu’ils semblent dire à priori, et de montrer, d’offrir cette lecture à d’autres gens. Donc on peut comprendre cela. Mais que d’autres gens, qui ne font pas de théâtre, tout d’un coup, aiment quand même le théâtre, aiment eux aussi le théâtre, et demandent à des gens de théâtre de les aider à célébrer le théâtre… Mais évidemment, il faut répondre oui !

Daniel Mesguich Sur les pas de Molière Pézenas 2021 © Peter Avondo - Snobinart
Le metteur en scène Daniel Mesguich a signé ses empreintes à Pézenas

Vous avez créé votre école d’art dramatique en 2017. Aujourd’hui, vous venez littéralement de laisser votre empreinte à Pézenas. C’est important, de laisser une trace ?

Oui, sans doute. C’est un peu dérisoire, en même temps. Si vous pensez à la mort, alors c’est totalement dérisoire. C’est pareil, il n’y aura pas de trace, de toute manière. Tout cela n’aura donc pas eu lieu, si j’ose dire. J’ai confiance en l’avenir, j’aime ce qui va suivre, je me sens solidaire des hommes et des femmes à venir, même quand je ne serai plus là. Donc oui, c’est important. Et en même temps, je ne me leurre pas. Je sais très bien que tout cela s’épuise et disparaît. Je viens d’écrire une pièce de théâtre où je fais revenir les plus grands acteurs de l’histoire du théâtre : Adrienne Lecouvreur, Marie Dorval, Rachel, Mounet-Sully, Frédérick Lemaître… Posons la question aux gens dans la rue. Qui se souvient de Marie Dorval ? Personne au monde. Qui se souvient de Frédérick Lemaître ? Personne au monde, sauf peut-être un cinéphile qui aura vu Les Enfants du paradis. Donc je ne me leurre absolument pas. À la fois, je me sens solidaire et je trouve que c’est très important de laisser des traces, mais plus que des traces, des ferments pour l’avenir, et en même temps je sais bien que l’oubli va passer par là (rires).

Propos recueillis par Peter Avondo

Photos : © Peter Avondo – Snobinart

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